
La montée des eaux, une conséquence directe du changement climatique
Définition
La montée des eaux, ou autrement dit, l’élévation du niveau des mers et des océans est une conséquence directe du réchauffement climatique.
A ne pas confondre avec le phénomène de submersion marine, qui désigne une inondation temporaire par la mer, la montée des eaux correspond bien à une élévation du niveau moyen des mers et océans, se traduisant par l’engloutissement permanent de surfaces émergées.
I/ Introduction
Alors que les sociétés humaines peuvent s’adapter dans une certaine mesure à quelques conséquences du réchauffement climatique (climatisation et aménagements pour lutter contre la chaleur, bassins de rétention et irrigation au goutte à goutte pour lutter contre le manque d’eau...), il apparaît bien plus difficile de lutter contre la montée des eaux. Des techniques existent, mais elles sont généralement très coûteuses et difficiles à mettre en place, sans pour autant avoir de certitude sur leur fonctionnement postérieur.
Face à ce phénomène inarrêtable et rapide, du fait de la vitesse sans précédent du réchauffement observé, la montée des eaux induit de nombreux bouleversements à plusieurs niveaux, qu’ils soient d'ordre humain, économique ou encore environnemental.
II/ La montée des eaux, mécanismes et chiffres clefs
Le niveau des mers et des océans a toujours été variable dans le passé, comme vous pouvez le voir sur la graphique ci-dessous (cf figure 6, clic on "show last 100 years"). Ces variations sont directement liées aux anomalies de températures sur Terre, qui sont elles-mêmes corrélées aux quantités de gaz à effet de serre présentes dans l’atmosphère.
Les variations passées du niveau des mers et des océans, observables ci-dessus, se sont produites sur une échelle temporelle de plusieurs milliers d’années, tandis que l’augmentation que nous connaissons actuellement, est beaucoup plus rapide. L’ accélération actuelle est même observable à l'échelle de deux décennies comme le montre le graphique ci-dessous (cf figure 7). En effet, qui dit réchauffement à une vitesse sans précédent, dit montée des eaux à une vitesse sans précédente.
Mais alors, à quoi s'attendre et à quelle échéance ? Et quelles sont les causes de cette élévation ?
La réponse est dans la vidéo !
Figure 6 : Evolution du niveau des mers et des océans depuis le XIème siècle.
Source : 2 Degrees Institute, 2023
Figure 7 : Evolution récente moyenne du niveau de la mer dans le monde, de 1993 à 2022
Source : BRGM, 2023
Réalisation : Cèbe Yoan, 2024
Réalisation : Cèbe Yoan, 2024
Visionnage sur YouTube : https://youtu.be/mBkErgvaL9Q
III/ Des territoires plus ou moins vulnérables
La montée des eaux est loin d’être un phénomène uniforme sur l’ensemble du globe. En effet, tous les territoires et pays du globe ne sont pas touchés de la même manière par la montée des eaux. Par ailleurs, leur vulnérabilité diffère selon les capacités d’adaptations, la part de la population vivant sur les côtes, et d’autres paramètres.
Le premier point de différenciation spatiale est la topographie !
La topographie peut se définir, selon le CNRTL (Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales) comme "la discipline qui s’occupe de la mesure et de la représentation précise des caractéristiques physiques de la surface de la Terre, dont l’altitude, les reliefs, les vallées, les cours d’eau et d’autres détails géographiques".
De fait, les pays ne sont pas tous égaux selon la situation topographique sur laquelle ils sont établis. Dans ces circonstances, sont avantagés les pays à la topographie vallonnée et à l’altitude plutôt élevée. Nous pouvons notamment citer le Japon, qui profite d’une rente de situation, c’est à dire d’un avantage en fonction de sa position particulière.
Cependant, d’autres pays n’ont pas cette chance, et sont établis à des niveaux d’altitude très bas, les rendant particulièrement vulnérables.
Nous pouvons notamment citer les pays qui se sont établis en partie sur des polders tels que les Pays-Bas ou encore la Belgique.
Un polder peut se définir comme des terres d’altitude négative (inférieure au niveau de la mer) qui ont été gagnées sur la mer ou sur des plans d’eau, par le développement de systèmes de digues (BRGM & Géoconfluences). Les polders sont généralement créés à des fins agricoles.
Ainsi, la carte ci-dessous (cf figure 8), permet de visualiser la vulnérabilité des pays côtiers à une montée des eaux de 1 mètre, seuil qui pourrait être atteint dès 2100 si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel.
La variable finale cartographiée est un indice de vulnérabilité, qui correspond à la part du territoire située sous une altitude inférieure ou égale à 1 mètre, rapporté à la surface totale du pays. Le fait de rapporter la surface potentiellement engloutie à la superficie totale du pays permet de s'affranchir des effets de taille.
Le graphiques suivant (cf figure 9), synthétisent les données utilisées dans la carte (cf figure 8).
De fait, nous observons la prédominance des Etats insulaires dans le classement des pays les plus vulnérables (Îles mineures éloignées des États-Unis, Tuvalu, Îles Marshall, Maldives, Indonésie, Polynésie Française, Seychelles, Bahamas ou encore le Cap-Vert). A noter que la position élevée des Pays-Bas dans le classement est à relativiser. En effet, le pays étant concerné en grande partie par un polder qui a fais ses preuves jusqu'ici, il est impossible de savoir si toutes ces surfaces vont être réellement submergées ni à quelle échéance. Cependant, cette carte ne traitant que de la vulnérabilité pour une élévation de 1 mètre, on peut supposer que le pays ne résistera pas bien longtemps, notamment si les valeurs théoriques exposées dans la vidéo se confirment.
Bien que les Etats insulaires soient particulièrement impactés par élévation du niveau des mers et des océans de 1 mètre, la plupart des États côtiers du globe sont impactés dans une moindre mesure. Cependant, selon la taille des pays, de faibles parts de surfaces submergées peuvent cacher un engloutissement important en surface brute.
Par exemple, pour les États-Unis, seulement 0,5% du territoire serait submergée par une montée des eaux d'1 mètre, mais la surface submergée représente tout de même 39 938 kilomètres carrés, deux fois plus que pour les Pays-Bas, pourtant deuxièmes du classement. C'est pour cela que les valeurs brutes englouties apparaissent dans en information sur les entités de la carte (cf figure 8).
Par ailleurs, pour un même réchauffement, le niveau des mers et des océans n’augmente pas uniformément partout dans le monde. En effet, des variations sont observées selon la position géographique.
Les illustrations ci-dessous (cf figures 11 et 12) permettent d’observer ces disparités d’élévation du niveau de la mer de 2008 à 2100, en fonction de deux scénarios du GIEC, les scénarios RCP 2.6 et RCP 4.5.
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RCP 2.6 : scénario de réduction drastique des émissions mondiales, avec un point culminant atteint avant 2050
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RCP 4.5 : scénario avec stabilisation des émissions avant la fin du XXIe siècle à un niveau faible.
On observe alors que les régions les plus touchées par la montée des eaux se trouvent à proximité du Groenland, de l’Est de l’Amérique du Sud, du Sud de l’Afrique et de l’Ouest de l’Océanie.
Plusieurs paramètres permettent d’expliquer ces disparités :
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Une montée plus rapide dans les zones voisines des calottes glacières, qui sont les premières touchées par la fonte de celles-ci, avant que l’augmentation ne se répartisse sur l’ensemble du globe.
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Les différences de températures de l’eau, qui implique une dilatation thermique plus ou moins forte des molécules d’eau selon les endroits du globe.
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Ce dernier paramètre est très fortement lié aux courants océaniques, qui jouent un rôle de régulation de la température globale des océans. Par ailleurs, les courants peuvent faire monter le niveau des mers sur les côte auxquelles celui-ci se heurte.
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Dans une bien moindre mesure, les mouvements tectoniques ont également leur rôle à jouer, puisque des phénomènes de subsidence ou encore l’élévation des terres peuvent influencer le niveau local de la mer.
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Enfin, l’inégale distribution de la masse d’eau, en raison des variations de gravité dues à la forme pas tout à fait sphérique de la Terre (géoïde), fais varier le niveau de la mer d’une région à l’autre.
A - La topographie
Figure 8 : Vulnérabilité potentielle des Etats côtiers à une montée des eaux de 1 mètre
Source : SRTM Tile Grabber (MNT) ; Open Street Map
PS: Absence de MNT pour les pays suivants : Canada, Norvège, Russie, Suède
Réalisation : Cèbe Yoan, 2024
Figure 9 : Les 20 États les plus vulnérables à une montée des eaux de 1 mètre
Source : SRTM Tile Grabber ; Open Street Map
PS: Absence de MNT pour les pays suivants : Canada, Norvège, Russie, Suède
Réalisation : Cèbe Yoan, 2024
Figure 10 : Distribution des pays par classe de vulnérabilité, pour une montée des eaux de 1 mètre.
Source : SRTM Tile Grabber ; Open Street Map
PS: Absence de MNT pour les pays suivants : Canada, Norvège, Russie, Suède
Réalisation : Cèbe Yoan, 2024
B - Des valeurs de montée des eaux différentes selon les régions du monde


Figure 11 : Evolution du niveau moyen de la mer à l'horizon 2100 selon le scénario RCP 2.6
Figure 12 : Evolution du niveau moyen de la mer à l'horizon 2100 selon le scénario RCP 2.6
4.5
IV/ La montée des eaux, une conséquence avec une longueur d'avance
Une autre particularité de la montée des eaux est son caractère précoce par rapport aux autres conséquences du réchauffement climatique (intensification des canicules, sécheresses, aridification...).
En effet, le Pôle Nord se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète selon le GIEC, ce qui signifie que les glaces fondent plus vite que si les régions glaciaire se trouvaient dans la moyenne des températures de réchauffement. Ainsi, alors que la planète a récemment franchi le seuil des +1°C par rapport à l'ère préindustrielle, le Pôle Nord, lui, saurait en passe de franchir les 2°C de réchauffement.
Ce réchauffement inégal de la planète est observable sur l'animation ci-dessous (cf figure 13).
